6h30.
L'insupportable sonnerie du réveil me tira de mon sommeil. D'un geste irrité je le coupai et me replongeai sous la couette.
Je mettais toujours mon réveil une demi-heure en avance, pour me laisser le temps de trouver le courage requis pour me lever.
J'aimais la chaleur bienfaisante, la douceur de l'oreiller... Je pouvais rester étendue comme ça longtemps, totalement détendue, mon cerveau ensommeillé refusant d'accepter la réalité : il fallait se lever. C'était une obligation.
7h00.
Si je voulais avoir le temps de me préparer il fallait que je sorte du lit maintenant. Mais à quoi bon ? Aucune motivation... mes rêves étaient bien plus agréables.
7h15.
Enfin, je me décidai à sortir. Je m'empressai de m'éloigner de mon lit pour ne pas céder à la tentation d'y retourner. Une douche glacée. Vite.
La sensation de l'eau fraîche sur mon visage eu tôt fait de faire disparaître les dernières brumes de mon cerveau. Je cessai de n'être qu'une veille limace traînante. Je me séchai rapidement et enfilai la première chose que je trouvai.
7h40.
Bien que réveillée, j'eus du mal à répondre au bonjour enjoué de ma mère. Comment faisait-elle pour être d'aussi bonne heure à une heure pareille ? Malgré tout mes efforts je n'avais jamais réussi à sourire le matin. Surtout avec ce qui m'attendait...
8h05.
Prête.
Je jetai un ½il au miroir de l'entrée. Une jeune fille aux yeux d'obsidienne me rendit mon regard. Taille normale, fine et élancée, cheveux noirs, peau mate. Toujours la même. Je poussai un soupir résigné et quittai la maison.
Un vent froid m'accueillit à l'extérieur, comme s'il n'attendait que moi pour se déchaîner. Rien de tel qu'un ciel gris pour vous mettre en joie... Résignée, j'entamai le ridicule mais interminable kilomètre séparant ma maison du collège. J'aimais bien marcher, ça me laissait le temps de me plonger dans mes pensées avant d'affronter la dure réalité : le collège.
Les cours en soit n'étaient pas un problème : je n'ouvrais jamais un cahier et pourtant je tenais sans problème le rôle de première de la classe. Mais je trouvais cela ennuyeux, banal, répétitif, et surtout, OBLIGATOIRE.
Ce mot ne faisait pas partie de mon vocabulaire.
Pour moi, l'on devait vivre dans la liberté et non dans l'obligation. Toutes ces contraintes auxquelles tout le monde devaient se plier, ne faisait-elle pas de nous des pantins ? Etions-nous vraiment maître de notre vie ?
Je songeais à toutes ces questions lorsque une sensation étrange me pris aux jambes. J'avais l'impression qu'on me tirait. Qu'on m'aspirait dans le sol. J'avais la nausée. Je n'arrivais plus à marcher.
Je jetai un regard effaré autour de moi. Personne pour me venir en aide. J'avais envie de hurler mais rien ne vint. J'ouvrais et refermais la bouche inutilement. Je suffoquais.
Maintenant la sensation me prenait au ventre. Comme si on voulait me l'arracher, l'emmener ailleurs.
J'avais l'impression qu'il manquait une partie de mon corps. Lorsque je baissais les yeux je ne vis que le sol. Pas de pieds, pas de jambes ! Mes bras ne répondaient plus.
Soudain la douleur gagna ma tête. C'était insupportable. J'avais l'horrible impression d'être tirée, écartelée !
Puis tout devint noir.